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Vanoise

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Fiche environnement
Le monolithe de Sardières et les cargneules

Une fine aiguille

Un kilomètre et demi après le village d'Aussois, laisser la route départementale qui conduit à Sardières pour prendre la direction du "Monolithe de Sardières". Etroite et sineuse, cette route traverse sur environ 3 km, la forêt de Plan Bois, pour se terminer sur un parking aménagé prés du Monolithe, porte d'accès au Parc National de la Vanoise. Dans une petite clairière surgit le Monolithe, fine aiguille de cargneule aux teintes chaudes, jaune ocre, de 93 m. de haut, appelé l'ouille en patois (du bas latin acucula, diminutif de acus, aiguille), escaladée pour la première fois en 1957 par deux mauriennais, MM. Pasquier et Cognet. Aux alentours de la forêt, émergent d'autres rochers de cargneules aux formes surprenantes aussi: piliers, tours, grottes, surplombs. Très répandues en haute Maurienne, les cargneules se disposent dans ce secteur en une large bande que l'on peut suivre, à la base de la Dent Parrachée, depuis la gorge du ruisseau de Saint-Pierre à la sortie d'Aussois jusqu'à Termignon.


Le monolithe de Sardières
(hauteur : 93 m)

Elles forment en particulier, en amont du Monolithe, le mamelon de la Turra (à ne pas confondre avec la Turra de Termignon ou du Mont-Cenis !), et toute la crête déchiquetée, ruiniforme, jusqu'au Roc des Corneilles, ou encore les tours spectaculaires du ruisseau de Saint-Antoine au-dessus de Termignon.

Cargneules et tufs

Le terme de cornieule, déformé par tes géologues français en cargneule, provient du patois de la région d'Aigle, dans le Valais Suisse où ces roches affleurent largement. Dans les Alpes françaises, les montagnards parlent de tufs, en patois tova, d'où par exemple, "tovières" ou "touvières" du Mont-Cenis... qui ne sont pas des amas de tuf mais des cargneules ! En réalité le mot tuf désigne une autre roche calcaire d'aspect un peu semblable au premier abord, caverneux également et de même couleur, mais dont l'origine est différente: les tufs ont été déposés à la sortie de grottes ou de fissures, en pays calcaire, par les sources et fontaines dites "pétrifiantes". Les cavités y représentent le moulage des nombreux débris végétaux (tiges, rameaux, empreintes de feuilles, dessins des nervures...) enrobés dans les dépôts calcaires qui sont du carbonate de chaux en excès. Les tufs sont d'ailleurs souvent voisins des cargneules (comme des gypses), car les eaux souterraines ayant circulé dans ces roches donnent fréquemment des roches très calcaires, et les sulfates favorisent le phénomène de précipitation des carbonates.


Tuf - Cargneule


Nature et origine des cargneules

Sous le terme de cargneule, les géologues alpins désignent plusieurs roches, de nature et d'origine différentes. En simplifiant à l'extrême rappelons en ici les deux types principaux.

Il peut s'agir de roches jaune ocre, d'allure d'ensemble massive mais perforées en surface d'une multitude de cavités et de trous de formes irrégulières qui leur donnent une apparence spongieuse: ce sont des calcaires dolomitiques devenus caverneux (en surface seulement, à la différence des tufs...) par suite de la dissolution du ciment calcaire par des eaux chargées de sulfates (sulfates qui proviennent de leur contact avec des gypses). Dans ces cas là, les cargneules résultent donc d'une transformation sur place de roches préexistantes.

Les cargneules de haute Maurienne se présentent assez fréquemment comme des "brèches", c'est-à-dire des conglomérats formés d'éléments anguleux de nature variée (dolomites, calcaires, marbres...) soudés entre eux par un ciment de carbonate de calcium jaunâtre. Parfois elles deviennent caverneuses, aux cavités cloisonnées ou limitées par des surfaces planes, géométriques.

Certaines peuvent prendre un aspect vraiment terreux, très friable. Fréquemment associé sur le terrain à des gypses ce type de cargneule se présente en grands amas discontinus le long de contacts tectoniques majeurs (failles, plans de chevauchement): ici, elles sont situées par exemple à la base du bloc calcaire de la Dent Parrachée, qui est un morceau de la "Nappe de la Grande Motte" charriée sur le permo houiller métamorphique de la Vanoise. Elles se rattachent a l'ensemble de la "Nappe des gypses" de la Vanoise qui a joué le rôle de plan de décollement et de glissement pour les roches charriées par dessus.

Leur origine, probablement très complexe et particulière pour chaque type, est très discutée. Retenons l'une des principales hypothèses récentes.

Les matériaux de départ seraient des gypses et des dolomies Au cours de la mise en place des montagnes, a la base des nappes de charriage, des bancs de dolomies auraient été fragmentés par l'action des eaux qui, sous les fortes pressions engendrées par le poids des roches, se seraient insinuées dans tous les joints de la dolomie, la faisant ainsi éclater jusqu'à sa transformation complète en brèches. La présence d'une importante quantité d'eau s'expliquerait par la porosité naturelle des dolomies, les eaux pouvant provenir de la surface. et surtout résulter de la déshydratation, sous l'effet des énormes pressions des gypses primitivement associés aux dolomies du Trias (ce qui aurait donné naissance à l'anhydrite, gypse déshydraté). Cette "bouillie" de fragments dolomitiques aurait servi de semelle glissante à la base des nappes de charriage. Elle a pu migrer le long des discontinuités tectoniques ou s'injecter dans les fissures, arrachant et emballant des morceaux d'autres roches. L'eau imprégnant cette bouillie, en arrivant à l'air libre, dépose les sels, dont elle est chargée, en particulier le carbonate de calcium qui soude entre eux les fragments, déterminant la trame calcaire plus ou moins géométrique des cargneules .



Un modèle spectaculaire

De par leur origine, les cargneules se présentent donc comme des roches très hétérogènes, de résistance très inégale d'un secteur à l'autre. Elle sont exposées depuis longtemps aux forces naturelles de l'érosion (eaux torrentielles, glaciers...). Des noyaux plus durs, plus compacts ont résisté et ont été débarrassés de leur emballage friable (parties terreures ou gypseuses plus tendres). Ainsi en est-il du Monolithe dont la partie supérieure est constituée d'un type de cargneule particulièrement compacte et résistante qui a protégé son soubassement de l'érosion. Les amas fragiles ont été évidés en innombrables grottes... Les effets du gel, les éboulements (ex., paroi Est du Monolithe) ont apporté aussi leur contribution à la sculpture de ces fines aiguilles ou rochers ruiniformes.

Formation de rochers monolithiques dans les cargneules
1, Parties ayant résisté à l'érosion
2, Parties plus friables déblayées par l'érosion


 

Schéma géomorphologique des environs du Monolithe de Sardieres.

1, cargneules
2, gypses
3, "calcaires de la Vanoise";
4, permo houiller métamorphique
5, cône de déjection
6, gorge
7, rochers ruiniformes ou monolithiques de cargneule
8, entonnoirs de dissolution dans les gypses.

Quelques livres ou études...

  • DEBELMAS (J.) - Alpes, Savoie et Dauphiné, (COLLECTION DES GUIDES GEOLOGIQUES REGIONAUX, MASSON, 1970)
  • ELLENBERGER (R) - Etude géologique du Pays de Vanoise, Thèse Science, Paris 1958
  • DEBELMAS (J.), GIDON (M.), KERCHOVE (C.) - Idées actuelles sur les cargneules alpines, (LIVRE JUBILAIRE J. FLANDRIN, 1978)
  • MASSON (H.) "Sur l'origine de la cornieule par fracturation hydraulique" (ECL. GEOL. HELVETIQUES, VOL. 65/1, 1972)
  • MORET (L.) - Précis de géologie, (MASSON, 1958), nombreuses rééditions, 675 p. fig.

ALAIN MARNEZY Commission Formation Education du C.l.S.







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Site mis à jour le 21 Octobre 2004
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