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Fiche environnement
Le glacier des Evettes


Un des plus beaux glaciers des Alpes françaises

Le glacier des Evettes, situé dans la haute vallée de la Maurienne, est accessible depuis l'Ecot de Bonneval-sur-Arc où l'on pourra laisser sa voiture sur le parking a droite avant le pont; montée facile en 1h30 à 2 heures. Du refuge des Evettes, large vue sur le glacier dont la langue terminale prend fin dans une vaste cuvette a fond plat: le plan des Evettes (alt. 2500 m).


Quelques notions de glaciologie.

Dans les zones froides de la haute montagne, là où les précipitations tombent surtout sous forme de neige à longueur d'année, naissent les glaciers.
Le glacier résulte de l'accumulation de la neige dans certains sites du relief favorables à la réception et au stockage de celle-ci. Ces larges réceptacles où la neige s'entasse au fil des ans, se présentent sous forme de cirque enchâssés dans le cadre montagneux et sont appelés les bassins d'alimentation des glaciers.
La glace (densité 0,8 à 0,9) est issue principalement de la transformation de la neige (densité 0,1), sous l'influence de la pression, des changements de température, des transferts de matière, etc..
L'accumulation nivale au sein de laquelle s'opère cette métamorphose est le névé.
Sous l'effet de la pesanteur qui entraîne le forage de la glace, le glacier, telle une lave visqueuse, sous forme de langue glaciaire, a tendance à descendre vers l'aval, hors de son bassin d'alimentation dans la zone plus chaude où il subit le phénomène de fusion (zone d'ablation). Le maintien d'un glacier suppose un équilibre entre l'accumulation et l'ablation et lorsque l'alimentation, à partir des bassins amont, est supérieure a l'ablation au niveau de la langue terminale, le glacier est en crue: son front progresse vers l'aval. Dans le cas contraire, iI y a décrue et remontée du front.
A l'altitude de la zone d'ablation (inférieure à 2500 m), le mouvement de la glace est accéléré par le rôle des eaux sous-glaciaires qui favorisent, par lubrification du lit rocheux, le glissement de la masse glaciaire. La fusion est double; elle s'exerce principalement sur la surface du glacier où les eaux circulent dans les chenaux appelés bédières et s'engouffrent parfois dans le glacier par des orifices, les moulins; elle est également sous-glaciaire lorsque la température légèrement positive du glacier provoque la fonte de la glace de fond.
Le torrent émissaire sort parfois du glacier par une large ouverture en arche qui peut atteindre de monumentales dimensions: le portail. Le glacier, par la lenteur de son mouvement, donne l'illusion de l'immobilité; mais, par des repères divers (balises - rochers - corps d'alpinistes accidentés, etc.) il a été possible d'en établir Ia vitesse, variable selon les saisons et selon les appareils glaciaires, celle des Evettes est de 80 m par an environ.
Qu'il soit en crue ou en décrue, le glacier est toujours animé d'un mouvement vers l'aval.
Le glacier est un agent d'érosion (creusement par les eaux, usure par abrasion, arrachement de blocs, etc.) et aussi un formidable agent de transport pour tous les matériaux rocheux qui tombent sur sa surface (moraine superficielle). Sur ses marges latérales et sur son front, les dépôts ainsi acheminés puis déposés sous forme d'énormes bourrelets, constituent les moraines frontales et latérales.

 

Quelques éléments d'un glacier

Fig. 1 - Quelques éléments d'un glacier
1 - torrent émissaire du glacier
2 - moraines latérales
3 -moraine frontale
4 - front du glacier
5 - crevasses et séracs
6 - lac de confluence glaciaire retenu par des moraines
7 - bassin d'alimentation
(d'après un document Selection Reader's Digest et R. VIVIAN).

Définitions:

La rimaye : espace béant situé entre le glacier et la paroi rocheuse au niveau du bassin d'alimentation. Masquée en hiver par des ponts de neige, elle est très apparente en été et peut être difficilement franchissable.

Les crevasses : cassures de la surface du glacier plus ou moins larges et profondes que l'on rencontre dans les zones ou la glace subit des contraintes trop fortes pour que la continuité du volume soit assurée.

Les séracs : rencontrés aux ruptures de pente du glacier, ils résultent du quadrillage par les crevasses et se présentent comme un chaos de blocs parfois grandiose (séracs du Géant).

Les tables de glacier : en leur qualité de bons conducteurs de la chaleur, les blocs qui, par un accident quelconque, se trouvent isolés à la surface du glacier commencent par fondre la glace sur leurs bords; mais en raison de leur volume, ils empêchent en même temps l'action des agents extérieurs sur la surface qu'ils recouvrent. Ils s'élèvent ainsi successivement de toute l'épaisseur de la glace qui se dissout autour d'eux par la fonte et l'évaporation, et se trouvent par là portés à une hauteur quelquefois assez considérable au-dessus de la surface du glacier. Ces blocs deviennent alors des tables de glaciers.


Le Plan des Evettes

Le glacier des Evettes possède sans conteste le plan des eaux le plus riche des Alpes occidentales, le plus complexe aussi. En amont du verrou, franchi en cascade par l'émissaire du glacier (cascade de la Recula) et en avant du glacier, la délaissée glaciaire se présente comme une surface unie et horizontale faite de débris erratiques sur lesquels divaguent les eaux courantes et qui représente le fond d'un lac récemment asséché... C'est ce réseau confus des eaux courantes et dormantes qui a valu au glacier son nom des "Evettes" (Evettes, diminutif de "ève": eau). Cartes et photographies aériennes ou terrestres, dessinées ou prises à des époques différentes, sont des documents précieux sur l'instabilité de cette zone: déplacements dans l'espace des points d'émission des torrents sous-glaciaires, formation et vidanges de lacs proglaciaires, érosion dans les moraines latérales et frontales ont, à des degrés divers, participé à l'aménagement de l'espace proglaciaire.

Le plan des Evettes se subdivise en quatre parties délimitées par deux bourrelets morainiques frontaux et une ligne d'écoulement des eaux épousant approximativement le tracé du front glaciaire de 1953. Entre le Roc de Pareis (verrou de roches moutonnées constitué par des gneiss porphyroïdes) et la première ligne morainique frontale haute de quelques mètres, régulière et sinueuse, constituée de gros blocs mêlés à des matériaux plus fins datée de 1860, s'étend une zone envahie par la végétation. On peut y observer aujourd'hui encore de multiples méandres abandonnés correspondant à un écoulement passé des eaux de fonte glaciaires à cet endroit. Les eaux du glacier sont de nos jours détournées vers l'Est par le petit vallum frontal décrit ci-dessus que le torrent franchit dans sa partie orientale avant de se précipiter par la cascade de la Recula à 100 m plus bas dans la vallée. C'est de toute la marge proglaciaire le seul secteur dont la genèse est due au remblaiement d'un lac proglaciaire. Ce lac circulaire figure sur la mappe de 1733. A l'amont, c'est au contraire nettement une accumulation de type fluvio-glaciaire qui règle l'organisation du paysage morphologique. Entre le 1er et le 2ème alignement morainique, le remblaiement n'est pas aussi parfait. A l'arrière du bourrelet morainique de 1860, sur une soixantaine de mètres de largeur, les éléments résultant d'un phénomène de sédimentation dans les lagots saisonniers dominent; vers le Sud ils sont relayés par des dépôts plus grossiers où s'imbriquent des formes torrentielles, des accumulations dues à des remblaiements lacustres, des apports résultant de la destruction des formations morainiques de rive gauche.

Le deuxième bourrelet morainique qui traverse le plan des Evettes est daté de la phase de crue qui vers 1890-1900 vit le glacier avancer et pousser devant lui de gros blocs. Il limite au Nord la troisième partie du "glacier" c'est-à-dire de la zone abandonnée par celui-ci qui présente à ce niveau une surface unie horizontale légèrement "moulurée" vers l'Est. Le terrain se présente là comme un champ labouré.
Les eaux du glacier traversent cette zone et s'anastomosent en un cours relativement concentré et rectiligne. Sur la rive droite du glacier, un lac aux eaux claires et qui reçoit les eaux de fusion peu chargées de la diffluence du grand Méan, se comble lentement. La délaissée glaciaire libérée depuis les années 1950 porte l'empreinte du glacier tout proche. Elle présente un aspect plus diversifié, plus amphibie aussi: les lacis de filets d'eau correspondent aux divers émissaires du glacier non encore concentrés; les dépôts de glaces mortes engendrent des bossellements caractéristiques sur la rive gauche sous une moraine latérale ravinée en bad-lands, tandis qu'en rive droite, nés de la formation de lambeaux de glace recouverts par des dépôts de versants, des ruissellements transversaux activent l'évolution morphologique de toute la zone proglaciaire.
A l'arrière (au Sud) de ce large plan des eaux, le glacier des Evettes a été sévèrement affecté par la décrue glaciaire.
Le bassin d'alimentation du glacier adossé en amphithéâtre aux cimes de la Ciamarella (3540 m) et de l'Albaron (3627 m) conserve pourtant une certaine majesté. Le glacier possède un vaste bassin d'alimentation large de 3500 m disposé en un amphithéâtre qui au-dessus de 2900 m représente pratiquement les 3/4 de sa surface totale (270/240 ha). Entre 2900 et 2800 m la langue terminale courte et trapue, large d'un millier de mètres striée longitudinalement par plusieurs traînées de moraines superficielles se termine à 2750 m au niveau du plan décrit plus haut. Si le glacier n'est plus tout à fait l'éclatant "fleuve de glace" que Girardin décrivait au début du siècle, il reste encore, tel quel un des plus beaux glaciers de cirque des Alpes occidentales par son site sauvage bien que très accessible, et surtout précisément par sa vaste délaissée glaciaire qu'émaille le miroitement bleu ou émeraude des lacs et lagots et ou éclate, en juillet, la symphonie de couleurs de la pelouse alpine.

Panorama du glacier des Evettes
1 - zone marécageuse actuelle: limite extrême du glacier en 1860
2 - bourrelets morainiques frontaux: limite du glacier en 1900
3 - lac
4 - moraines latérales
5 - limite actuelle du glacier
6 - cascade

7 - ancien refuge des Evettes.



Quelques livres ou études à lire

  • BONAPARTE (R.) - "Les variations périodiques des glaciers français" (Annuaire C.A.F., 1890, 17e vol.)
  • ETUDES GLACIOLOGIQUES - Tomes 1 à 8. 1909 à 1933 (Direction des Eaux et du Génie Rural, ministère de l'Agriculture, Imprimerie Nationale).
  • GIRARDIN (P.) - Observations glaciaires en haute Maurienne. dans les Grandes Rousses et en Oisans pendant l'été de 1902 (Annuaire de la S.T.D.~ 19041 T. 8, p. 220/266.
  • LLIBOUTRY(L.) - Traité de glaciologie, 2 vol., (MASSON, 1965. 1040 p. )
  • MOYROUD (A.) et GONNET(J.F.) - Jardins de glaciers, (ALLIER 1976, diffusé par Didier Richard, Grenoble, phot. coul.).
  • ONDE (H.) - La Maurienne et la Tarentaise, étude de Géographie Physique, (ALLIER, Grenoble 1938~ 623p.).
  • VEYRET (P.) - Visite aux glaciers alpins (Revue Géographie Alpine, 1951, fasc. 1, p. 189-192).
  • VIVIAN (R.) - Les variations récentes des glaciers dans les Alpes Françaises (1900-1970). Possibilités de prévisions (Revue Géographie Alpine 1977, fasc. 2, p. 220/243, fig., photo.).
  • VIVIAN (R.) - Les glaciers des Alpes Françaises, Thèse, (ALLIER Grenoble, 1975, 513 p, fig., phot. ).

Robert VIVIAN et la Commission Formation Education du ClS

Figures dessinées et composées d'après divers documents par J. MARIN à l'Institut de Géographie Alpine, Grenoble.










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Site mis à jour le 21 Octobre 2004
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