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Fiche environnement
Les fortifications de la Haute-Maurienne

Il faut attendre la fin des guerres napoléoniennes pour voir apparaître les premières fortifications en Haute Maurienne. Auparavant, dans un état savoyard qui s'étendait sur les deux versants des Alpes, le système défensif était constitué par des citadelles implantées au débouché des grandes vallées: Montmélian, Charbonnières (au-dessus d'Aiguebelle) et Suse. En Haute-Maurienne, les fortifications ont été édifiées à trois moments difficiles de l'histoire franco-italienne. A chacun de ces moments correspond un type de cuirasse, car une fortification traduit toujours la lutte perpétuelle de la cuirasse et du projectile, ce dernier devenant de plus en plus meurtrier.


Ouvrages à casemates superposées à la MONTALEMBERT

Après 1815, les Etats de Savoie constituent une immense zone tampon entre la France et son ennemie de la veille, l'Autriche, implantée en Italie. Les Autrichiens obtiennent de Victor-Emmanuel Ier qu'il emploie la majeure partie de l'indemnité de guerre versée par la France à fortifier la route du Mont-Cenis qui conduit à Turin. L'endroit choisi est le contrefort rocheux de l'Esseillon, muraille naturelle d'une centaine de mètres de hauteur qui barre presque toute la vallée de la Maurienne, sous le village d'Aussois. Les études commencent en 1817 et s'inspirent des conceptions de MONTALEMBERT. La construction des ouvrages s'étala de 1820 à 1833. Elle ne fut pas complètement achevée.

Archéologie

Il s'agit d'un chapelet de forts de quatre types se flanquant mutuellement:

  • La Redoute Marie-Thérèse. C'est en fait une tour à canons construite au niveau de la route du Mont Cenis. Elle permettait des tirs rasants sur cette route.
  • Le fort Victor-Emmanuel. C'est la pièce maîtresse de l'ensemble. C'est en quelque sorte une citadelle avec huit bâtiments casematés perrmettant de loger 1.500 hommes et comportant 88 embrasures à canons pratiquant des tirs dominants.
  • Les forts Charles-Félix et Marie-Christine. Ils rappellent quelque peu les châteaux féodaux. Les canons pratiquaient des tirs dominants.
  • Le fort Charles-Albert . Il comportait des ouvrages en terre.

Les forts de l'Esseillon aux hautes maçonneries apparentes, épaisses de deux à quatre mètres, pouvaient résister aux tirs des canons de bronze de type Gribeauval en usage à l'époque et d'une portée utile de 1.000 mètres. Après la guerre d'Italie de 1859, la cuirasse aurait été d'une efficacité toute relative face à la nouvelle artillerie rayée qui lançait d'une façon précise des projectiles puissants à 3.000 mètres.

Dès 1827, les Piémontais édifient sur une colline qui barre le lac du Mont-Cenis, le fort du Chat. C'est la première fortification sur le plateau du Mont Cenis; elle doit protéger l'hospice-caserne construit par Napoléon Ier.

Barrage de l'Esseillon

Barrage de l'Esseillon
Forts et trajectoires de flanquement
(Les trajectoires frontales ne sont pas représentées).


Ouvrages du système SERE DE RIVIERES

En 1860, la Savoie est rattachée à la France. Après la guerre franco-allemande de 1870, la France veut protéger la frontière franco-italienne. Elle construit donc un système de forts devant barrer certaines vallées. Chaque barrage est constitué par trois types d'ouvrages spécifiques à la montagne:

  • ouvrages d'interdiction qui barrent la vallée au fond desquelles ils sont construits;
  • ouvrages de protection, construits à flanc de montagne afin d'avoir un champ de tir étendu;
  • ouvrages de surveillance installés sur les crêtes afin de surveiller les accès invisibles pour les défenseurs de la vallée.

Ces ouvrages construits alors que le Général SERE DE RIVIERES est inspecteur général du Génie, sont rapprochés les uns des autres au sein d'un même barrage afin de se flanquer mutuellement.

En Haute-Maurienne derrière une position de couverture constituée de simples postes de surveillance avec baraques (Petite Turra, La Beccia, Grand Coin, Col de Sollières, Mont-Froid, Cols de Fréjus, de la Roue et de la Vallée-Etroite), on a construit le premier barrage de tête de vallée à Modane; il comprend:

  • un ouvrage d'interdiction: le fort du Replaton construit en 1886;
  • un ouvrage de protection: le fort du Sapey construit en 1885;
  • un ouvrage de surveillance: la redoute supérieure du Sapey.

 


Modane en 1914


Archéologie

A l'inverse des forts de l'Esseillon, on a réduit sensiblement le "commandement", c'est-à-dire la hauteur visible au-dessus du sol, afin de soustraire les ouvrages aux vues et aux coups. Sous des masses de terre, se développe une partie des constructions en dur, pierres et ciment, d'environ 1,5 mètre d'épaisseur: canonnières, abris, chambres, magasins... Généralement on accède au fort, entouré dé fossés, par un pont-levis. Les alvéoles à ciel ouvert, pour l'artillerie, dont l'accès se fait grâce à des pans inclinés, sont protégées par d'épais talus de terre. Pour assurer le flanquement réciproque des ouvrages d'un barrage, on limitait à environ trois kilomètres la distance de construction entre chacun d'eux.

Vers la même époque, les Italiens construisirent au Col du MontCenis, devenu zone frontière depuis 1860, le fort de la Cassa en 1878 (détruit depuis pour la digue), le fort de Pattacreuse, puis en 1890 la caserne défensive du Malamot, complétée en 1894 par une batterie.

Plus tard, en 1903, vint ce qu'on a appelé le fort Paradis, mais qui était en fait une grande batterie, cuirassée, complétée ensuite par la batterie protégée du Court-Paradis à la cote 2101. Seule cette dernière subsiste. le fort Paradis ayant cédé la place à une carrière.



Défense du Mont-Cenis


Ouvrages de la ligne MAGINOT

Après la guerre 1914-1918, plus précisément en mars 1928, Paul PAINLEVÉ, ministre de la Guerre, crée la "Commission d'Organisation des Régions Fortifiées" ou, en abrégé, C.O.R.F.. Celle-ci présente en 1929 un programme de fortifications. En janvier 1930, MAGINOT, successeur de PAINLEVÉ, obtient l'accord de la Chambre des Députés qui lui vaut de donner son nom à l'œuvre qu'un autre a longuement préparée. En Haute-Maurienne, la C.O.R.F. fait construire: :

  • des avant-postes avancés au Mont Cenis: Mont-Froid, Revêts, Arcellins, Turra.
  • des avant-postes: cols du Fréjus, de la Roue, de la Vallée-Etroite.
  • une première position de résistance, jalonnée par :
  • le barrage fortifié de Modane: ouvrages de Saint-Gobain (infanterie), Saint-Antoine (artillerie), ouvrage modernisé du Sapey.
  • Ies ouvrages d'Arrondaz (infanterie), Pas du Roc et Lavoir (artillerie), Aiguille Noire et Rochilles (infanterie).

Archéologie

La Ligne MAGINOT, c'est le triomphe du béton armé. Celui-ci remplace la pierre et le ciment des forts du système SERE DE RIVIERES.

Les principales différences portent, entre autres, sur:

  • I'épaisseur des carapaces qui peuvent atteindre 3,5 mètres pour les ouvrages du Nord-Est de la France et 2 mètres pour les Alpes.
  • I'enfoncement dans le sol: I'infrastructure souterraine est beaucoup plus élaborée.
  • la ventilation conçue dans la hantise des obus à gaz de 14/18 et des accidents causés Dar l'oxyde de carbone dégagé par le tir des armes à l'intérieur des blockhaus, d'où la mise en surpression de l'intérieur des blocs.
  • I'alimentation en eau qui servait à la fois aux hommes, au fonctionnement de la centrale électrique et au refroidissement des armes à tir rapide.
  • I'électricité fournie par un groupe Diesel qui servait à l'éclairage, aux commandes de certains appareils et au chauffage afin d'assurer le confort des hommes et de lutter contre l'humidité.

Face à la Ligne MAGINOT, les Italiens construisirent en 1939, au col du Mont-Cenis, une ligne défensive comportant de petits et nombreux ouvrages bétonnés plus légers que ceux des Français.

lis étaient inspirés de la Ligne SIEGFRIED des Allemands et étaient destinés à recevoir l'armement de campagne des troupes.

Les forts de Pattacreuse et de Malamot ont été réaménagés à cette époque.



Modane en 1939


Situation des fortifications depuis 1945

Un certain nombre de forts ont été désaffectés et vendus. Les acheteurs se répartissent environ par moitié entre les collectivités locales et les particuliers. Si ces derniers ont cédé à un certain engouement resté sans suite, les comrnunes, quant à elles, désirent utiliser ces ouvrages dans le cadre d'une politique de développement touristique et par là animer l'économie et la vie locale. Ainsi, en accord avec la commune d'Aussois. propriétaire des ouvrages Marie-Christine et Charles-Félix, et la commune d'Avrieux, propriétaire de la redoute Marie-Thérèse, une "Association les forts de l'Esseillon", à but non lucratif, a été fondée en 1972, dans le but de restaurer les forts et rendre vie au site de l'Esseillon. Depuis cette date, chaque été, des chantiers de jeunes sont ouverts sur le site. Les projets d'aménagement font l'objet d'une concertation entre les Communes et l'Association dans le but de rendre les bâtiments habitables et utilisables pour une animation (expositions, ateliers, spectacles...).


Quelques livres ou études...

  • COQUET H., Histoire et archéologie des fortifications en Savoie de 1815 à nos jours in bulletin de la Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime {Savoie) 1980 - "Marches séparantes", "Frontière Naturelle" et évolution de la défense de la frontière des Alpes in Bulletin de la Société d'Histoire et d'Archéologie d'Aime {Savoie), 1983, no 11.
  • DEVAUX Y., La barrière de l' Esseillon, 1978.
  • HUMBERT (Général J.) La défense des Alpes 1860-1914, Revue historique des Armées, 1956, no 3 - La défense des Alpes, 1919-1939, Revue historique des Armées, 1956, no 4.
  • MARY J.Y., La Ligne Maginot, 1980.
  • RECOLLE (Colonel), 2000 ans de fortifications françaises, Paris, 1973.
Honoré COQUET et la Commission Formation Education du CIS.









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Site mis à jour le 21 Octobre 2004
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