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Fiche environnement
Elevage et vie pastorale en Haute-Maurienne

Le Troupeau : composition, importance, évolution

Si on laisse de côté les animaux de travail: quelques chevaux, et surtout ânes et mulets qui assuraient les transports et les travaux (pour lesquels les bovins avant ce siècle furent parfois utilisés) le troupeau était et reste composé de bovins et d'ovins bien que leur pourcentage respectif ait varié surtout dans les années récentes; ajoutons également les caprins. Le tableau ci-dessous donne quelques indications sur l'importance et les variations de ce troupeau au cours des années.

Evolution du troupeau en nombre de bêtes*

 

Bovins (laitières)

Elèves et génisses

Ovins

Chèvres

1862

2.300

1.500

7.000

700

1902

1.850

1.300

3.000

400

1929

1.300

700

2.500

300

1967

1.500

800

4.000

250

1978

850

650

5.000

450


*d'après les recensements agricoles, les consignes Communales et des enquêtes.

Un peu partout, mais surtout dans les communes les plus hautes, à côté des laitières, se pratiquait l'élevage pour la boucherie ou le travail: "melons" de Bonneval par exemple: jeunes bœufs nés à la fin de l'hiver, dressés pour le trait, puis vendus à deux ou trois ans, achats de veaux engraissés et revendus pour la boucherie... D'autre part l'importance du troupeau variait suivant les saisons avec la pratique de "l'Estive" et de "l'Hiverne". Quant aux races il s'agit pour les bovins de la célèbre Tarine, très ancienne puisque déjà décrite par Pline l'Ancien au ter siècle. De teinte froment, d'un poids plutôt modeste, 450 à 500 kg, ses avantages sont évidents: robustesse, sobriété, bonne adaptation au pays, rendement laitier assez convenable passé de 7 litres/iour, il y a 50 ans et plus, à 10/12 litres depuis ! Chez les ovins c'est également une race montagnarde qui domine, la race dite de Thônes-Marthod : ce sont des bêtes blanches aux extrémités noires, pesant une cinquantaine de kilos, supportant bien le climat et une longue claustration hivernale. Cependant pour obtenir un meilleur rendement en boucherie divers croisements sont effectués avec des béliers mieux conformés.C'est donc un tel troupeau qu'il faut utiliser le mieux possible.

 


L' économie de l'élevage

Les agriculteurs-éleveurs de Haute-Maurienne dans une région où les contraintes physiques: climat, relief, sont primordiales, avaient un double problème à résoudre: assurer toute l'année la nourriture du bétail et faire en sorte que celui-ci leur apporte avec les compléments de nourriture et des vêtements nécessaires dans une économie de subsistance, un profit d'autant plus indispensable qu'il fut pendant des siècles, sinon des millénaires, le seul à espérer. Ces buts n'ont pu être atteints que grâce à un ensemble de dispositions, d'habitudes de travaux différents suivant les saisons.

Le rythme saisonnier de l'élevage

  • pendant la belle saison...

Dès qu'elle arrive on se hâte de sortir les animaux, c'est-à-dire vers avril ou mai, en commençant par les ovins. La fenaison vient ensuite et débute (ou débutait) en juillet dans les villages d'aval en se poursuivant en août dans les plus élevés. Elle exige une multitude d'allées et venues entre l'exploitation et les différentes parcelles dispersées un peu partout. Coupé autrefois a la faux, le foin, une fois sec, est placé dans de grands filets constituant une trousse d'une centaine de kilos que l'on transportait sur une charrette ou à dos de mulet. Heureusement la modernisation (camionnettes, motofaucheuses, tracteurs) a simplifié ce travail souvent contrarié de surcroît par le mauvais temps. La fenaison dans les fonds permettait donc d'obtenir une grande partie des fourrages nécessaires, mais cela ne suffisait pas malgré l'importance des prairies (quatre fois plus par exemple en 1923 que de terres labourables avec 4.300 ha contre 1.100): la vie pastorale en alpage va permettre de compléter les provisions pendant que le troupeau broutera.

La trousse de foin
La trousse de foin.

La vie pastorale

Ni nomadisme ni transhumance, elle suppose qu'il existe un village que l'on quitte l'été pour monter plus haut dans l'étage alpin. Cette vie pastorale dont l'ancienneté est démontrée, ne serait-ce que par la toponymie, obéissait à des modalités complexes et souvent très différentes suivant les régions, même très proches comme la Maurienne et la Tarentaise. Cette dernière a toujours été fidèle aux "grandes montagnes" forme d'exploitation collective axée sur la production du Beaufort. La seconde au contraire ne connaît que la "petite montagne", forme d'exploitation individuelle où chaque famille exploite elle-même sa montagne et assure sa fabrication de beurre et de petits fromages. De plus, différence capitale entre les deux systèmes, dans la petite montagne l'agriculteur fauche également son foin. Toutefois au Mont-Cenis existe un système mixte: huit agriculteurs ont monté une fruitière à laquelle ils apportent leur lait pour fabriquer du Beaufort. Ajoutons aussi que l'habitude de "prendre beaucoup de bestiaux à nourrir pour l'été", "l'Estive" (déjà citée) concerne aussi bien les brebis et les vaches laitières que les génisses, les veaux et les moutons venus également du bas pays. C'est donc un troupeau assez modifié qui monte en alpage.


Carte du site d'alpage de la Buffa-Mottua à Bessans

un site d'alpage remarquable par le grand nombre de bâtiments : habitations, écuries, granges et petites granges isolées.
(La Buffa-Mottua a Bessans).


Organisation et modes de vie

Les dates de montée et de descente et par conséquent la durée de l'inalpage varient suivant les communes selon des règles parfois complexes. Ainsi à Bonneval on monte à la Lenta, aux Roches... en août, jusqu'au 20 septembre. Par contre dans les autres communes l'usage de la montagnette est à peu près général : c'est une étape intermédiaire entre le village et l'alpage ou l'on s'arrête à la montée et à la descente, de manière a utiliser au maximum toutes les prairies disponibles à des dates différentes. Le départ pour ces montagnettes s'effectue donc à la fin avril, en mai, en juin avec le troupeau et une partie des habitants qui montent ensuite à l'alpage, du 10 au 20 juin au 10 octobre à ceux de Termignon ou du Mont-Cenis, mais à Sollières, Avrieux, Villarodin, le séjour n'est guère moins long. Toutefois à Bramans et à Bessans les modalités sont plus originales et plus compliquées, avec pour le premier l'utilisation "de montagnes basses" parfois cultivées et la fauchaison du "foin maigre", et pour le second l'utilisation de deux sites d'alpage à tour de rôle par les mêmes familles, et l'existence d'un troupeau communal (bêtes non laitières) conduit par un berger.

Partout des "règlements de pâturage" minutieux et impératifs précisent toutes les modalités de l'inalpage car aucun gaspillage n'était tolérable, et les propriétaires non alpagistes ne sont pas oubliés. Occupant un habitat toujours très rudimentaire situe en bordure des communaux qui, sauf au Mont-Cenis, regroupent près de 90% des prairies, les alpagistes se livrent donc a une double occupation:

- la fenaison pour laquelle les hommes restés au village montent aux chalets; cependant le fourrage était rarement descendu immédiatement, on le stockait dans les granges jusqu'à l'hiver.
- la fabrication du beurre et des fromages souvent descendus par les hommes du village assez régulièrement en attendant que tous les alpagistes, à la fin septembre ou au début octobre, en fonction le plus souvent des dates des foires: Bessans, Termignon, Saint-Jean, regagnent la vallée.

  • Pendant la mauvaise saison...
    Le bétail continue de brouter les pâturages le plus longtemps possible, mais durant 5 à 6 mois il faut se résigner a le nourrir à l'étable.
    on réduit d'abord Je nombre de bêtes dont une partie est envoyée en Hiverne, c'est-à-dire en pension dans le Piémont, en basse Maurienne ou même plus loin; c'est un système assez onéreux.
    • le bétail en stabulation ne reçoit que le minimum indispensable : aucun gaspillage !...
    • à partir de décembre les hommes vont récupérer le foin laissé dans les granges en le descendant sur la neige.
    le travail du lait se poursuit, soit dans chaque exploitation soit dans les différentes fruitières construites tardivement; la vente des produits assez réputés ne pose pas de problèmes.

Et maintenant, et l'avenir ?

Depuis la dernière guerre se sont accélérés le déclin de l'économie montagnarde et la dépopulation, entraînant ainsi de profondes modifications:
forte régression de l'élevage bovin et accroissement constant des ovins (dans une moindre mesure à Lanslebourg).
disparition progressive de la vie pastorale à l'exception du Mont-Cenis et de Termignon (quelques alpagistes subsistent à Lanslevillard, Bonneval, Bramans); location d'alpages pour les transhumants.
• élevage plus poussé de génisses et de veaux destinés à la boucherie (à Lanslebourg existence d'un élevage de veaux "en batterie"), et bien entendu d'agneaux.

Dans l'avenir le nombre des agriculteurs est appelé certes à se réduire encore étant donné l'âge élevé d'un grand nombre, et l'évolution à prévoir chez les double-actifs plus jeunes, mais on assiste déjà à une concentration progressive de l'effectif bovin ce qui permettra, souhaitons-le, le maintien de la production laitière et par conséquent celui de quelques fruitières et d'une certaine vie pastorale. De son coté l'élevage ovin occupera toujours une large place (nouvelles bergeries en construction ou en fonctionnement récent) par suite de sa facilité relative...


Quelques livres ou études à lire...

  • ARBOS (Ph.) - La vie pastorale dans les Alpes françaises (COLIN 1922, 718 p., fig., pl., phot., cartes).
  • Bulletins de la Fédération Française d'Économie Montagnarde (divers n° dont 1953, 1957, f964).
  • BRIOT (F.) - Les Alpes françaises. Etude sur l'économie alpestre, (BERGER-LEVRAULT, Paris-Nancy, 1896, 597 p., cartes).
  • DIGARD (J.P.) - La vie pastorale à Bonneval-sur-Arc (Le Monde Alpin et Rhodanien 1974, n°2-4, p. 7-57, fig., phot.).
  • JAIL (M.) - Haute Maurienne, pays du diable ? (ALLIER, 1977, 243 p., fig., phot., tabl.).
  • JAIL (M.) - Deux réalisations récentes en haute Maurienne: le barrage réservoir du Mont-Cenis et la route pastorale d'Entre-Deux Eaux, leur répercussion sur l'économie locale (Trav.Sc.Parc Vanoise, T. 3, 1973, p. 207/218).
  • REY (F.) - L'exploitation pastorale dans le département de la Savoie, (DARDEL, 1930, 92 p., fig., pl.).
  • ROBERT (J.) - L'habitat temporaire dans les montagnes pastorales des Alpes françaises du Nord (ALLIER, 1939, 110 p., fig., phot., carte).

Marcel JAIL Commission Formation Education du ClS.










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Site mis à jour le 21 Octobre 2004
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